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Il est 5 heures. Je quitte la chambre, prends Pitt Street. Sydney s'éveille, piano. Des agents de sécurité, nickels dans leurs costards, font les dix pas. Ils sont les rares debout. Des gardes debout. Un pancake chez Mc Do pour la route. Là-bas, le long de Hyde Park, l'obélisque Lapérouse, installé en 1825 par des Français, est bien dressé lui aussi avant que ne commence la journée. Tout concorde.
J'aime les filles...
Je passe la cathédrale entourée d'un silence à peine troublé par le passage de quelques taxis, qui semblent tourner à vide. Je pénètre dans le jardin botanique. Un quinqua promène son chien-chien au bout d'une laisse, ou l'inverse. Deux ou trois joggeuses courageuses suent en approchant la baie. J'aime les filles qui courent du castle à la grève. Au bout du petit jardin, après le salut de deux ou trois possums, une petite surface plane et ronde, au milieu de bancs publics. En face, l'opéra, cette cocotte en papier géante et Harbour Bridge. Sous les projecteurs, dont la réflexion de la lune. Elle est bien la seule à réfléchir à cette heure-là.
Les piafs, le montant et le long du tronc
Les chauve-souris. Un certain vacarme émane des branches. Des piafs semblent inspirés par le lieu. Mezza vocce. Peut-être ont-ils besoin d'une prise de la pastille pour séclaircir la voix devant l'opéra. Je me pose le long du tronc. Installe le trépied, fixe l'appareil sur le montant. Deux personnes arrivent de bon matin, sur le chemin, à bicyclette. Un veilleur de nuit aussi, mais à pied. J'appuie. Pose lente. Y a rien qui presse.
Je tourne la rotule puis les talons
Entre chien et loup, c'est la meilleure heure. L'océan se lisse sur mon capteur. L'appareil se referme. Clac ! Coup d'oeil... Et le charme opéra. Je tourne la rotule du pied. Vers les gratte-ciel, leurs lumières déjà. Les nuages au-dessus, le jour qui se lève. Déclics. Des clacs. Retour sur l'opéra. Obsédant. Je ne connais rien à l'architecture mais existe-t-il au monde plus beau bâtiment, aussi moderne et original, si bien intégré dans son environnement ? Un coup de génie.
Une pyramide de verre, on l'ouvre ?
Le seul gros nuage de ce ciel de début d'automne masque le soleil. Comme un voile pudique sur son lever. Dommage pour la lumière. Un avion semble aller s'écraser contre les immeubles. Souvenir cauchemardesque. Je m'approche de l'opéra. Une boxeuse trotte sur les marches à la Rocky puis frappe des coussins tenus par sa coach. Sans égard (seuls les banlieusards sont dans l'égard !). Une estrade est installée là.
Soudain, l'opéra blondit. Le soleil a déchiré les nues. Je bondis. Photos. Jeux sur les courbes. Un cormoran déploie ses ailes pour les sécher. Attention, le petit oiseau va sortir... Hop, dans la boîte, le cormoran. Je tourne les talons. Retour au point de départ. Les joggeurs se font plus nombreux. Dans le jardin, je passe devant une pyramide de verre. Un guide l'ouvre ? Non, trop tôt. A 10 h. C'est juste pour l'entretien.
Le café est dans ma tasse, le café devrait nettoyer sa glace
Il est 9 h. Je repars en ville. Elle a repris vie, fortissimo. Les gens pressent le pas, allegro. Je m'installe chez Starbuck Coffe. Banana Loaf. Le café est dans ma tasse. La lumière est forte, à contrejour. Le café devrait nettoyer sa glace...
Retour au même endroit le lendemain soir. C'est curieux, le samedi à 19 h, il y a plus de monde que le vendredi à 5 h 30. Les appareils fleurissent au bout du jardin. Le spectacle recommence, mais avec le soleil de face, derrière l'édifice. Il se couche. Et le charme opère chaque fois. Bye bye Sydney ! Départ pour Bombay. Et là, dès l'aérogare, j'ai senti le choc.
http://www.youtube.com/watch?v=woTcLJvf7fw
http://youtube.com/watch?v=mlvyralCNWA
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